Spiritualité

Ho’oponopono est-il dangereux ? Culpabilité, pardon forcé et limites à ne pas franchir

Éléonore Garin-Lacombe 8 min de lecture
Ho’oponopono danger : limites et pardon forcé

Le Ho’oponopono n’est pas dangereux en soi. Le risque apparaît surtout quand cette pratique sert à tout expliquer, à pardonner trop vite ou à remplacer une aide concrète. Elle peut aider à apaiser une tension intérieure, mais elle devient problématique si elle nourrit la culpabilité, l’évitement émotionnel ou la passivité face à une situation qui demande des limites claires.

La vraie question n’est donc pas seulement de savoir si cette méthode est sûre, mais de comprendre dans quelles conditions elle peut être utile, et à partir de quand il faut s’arrêter. Cette nuance permet de pratiquer avec discernement, sans dramatiser ni idéaliser.

Ce que le Ho’oponopono cherche vraiment à faire

Le Ho’oponopono est une pratique d’origine hawaïenne associée à la réconciliation, à la réparation du lien et à l’apaisement des conflits. Dans sa version moderne, très présente dans le développement personnel, elle est souvent réduite à la répétition de 4 phrases : Je suis désolé, Pardon, Merci, Je t’aime.

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Ces mots servent le plus souvent de support d’introspection. La personne les répète mentalement, parfois avec une respiration lente, une visualisation ou une écriture dans un journal. L’objectif n’est pas de nier ce qui s’est passé, mais de modifier son rapport intérieur à une émotion : ressentiment, colère, honte, tristesse, regret ou peur. Bien utilisé, cet outil peut offrir un point d’appui simple pour revenir au calme.

Responsabilité intérieure ne veut pas dire faute totale

Une confusion fréquente concerne la notion de « responsabilité à 100 % ». Mal comprise, elle peut laisser penser que chacun serait responsable de tout ce qui lui arrive, y compris des violences, abandons, trahisons ou abus subis. C’est là que le Ho’oponopono peut devenir nocif.

La responsabilité intérieure peut être comprise autrement : je ne contrôle pas toujours les événements, ni les actes des autres, mais je peux observer ce que cela déclenche en moi et choisir une réponse plus juste. Cette nuance est essentielle. Être responsable de son chemin de réparation ne signifie pas être coupable du tort subi. Cela veut dire reconnaître ce qui est vécu, sans se condamner.

Où se situe le danger du Ho’oponopono ?

Le danger du Ho’oponopono vient rarement de la répétition des phrases elle-même. Il vient plutôt de l’usage qu’on en fait : répétition compulsive, interprétation culpabilisante, pensée magique ou refus d’agir dans la réalité. Une pratique apaisante peut alors devenir un mécanisme d’évitement. Le problème n’est pas l’outil, mais la place qu’on lui donne.

Usage équilibré Usage à risque Précaution utile
Prendre quelques minutes pour calmer une émotion Répéter pendant des heures pour faire disparaître toute douleur Limiter la pratique à 10 minutes puis revenir au corps
Clarifier sa part dans un conflit Se rendre responsable de tout, même des actes d’autrui Distinguer responsabilité, faute et réparation
Préparer une parole ou une décision Éviter une conversation nécessaire Associer la pratique à une action concrète
Apaiser un ressentiment Se forcer à pardonner alors qu’on est encore en insécurité Poser des limites avant de chercher le pardon

La culpabilité excessive

Le premier risque est la culpabilité toxique. Une personne déjà anxieuse, hypersensible ou habituée à se suradapter peut utiliser le Ho’oponopono pour se dire : « Si je souffre encore, c’est que je n’ai pas assez nettoyé », ou « Si cette relation va mal, c’est que je porte quelque chose de négatif ». Cette logique entretient la rumination au lieu de l’apaiser.

Un bon repère consiste à observer l’effet après la pratique. Si vous vous sentez plus clair, plus calme et plus capable d’agir, elle vous soutient probablement. Si vous vous sentez plus fautif, plus confus ou plus obligé de recommencer, il faut réduire, interrompre ou demander un regard extérieur. Le bon usage doit alléger, pas alourdir.

Le bypass spirituel et l’évitement émotionnel

Le bypass spirituel consiste à utiliser une idée spirituelle pour contourner une émotion difficile. Au lieu de reconnaître la colère, la peur ou le chagrin, on répète des phrases positives pour rester « au-dessus » du problème. Sur le moment, cela peut donner une impression de maîtrise. À long terme, l’émotion non écoutée revient souvent sous forme de tension, d’irritabilité, d’angoisse ou de fatigue psychique.

Il existe parfois un fossé entre l’apaisement intérieur et la réalité extérieure. On peut se sentir plus doux après une pratique, mais rester dans la même relation humiliante, le même cadre professionnel destructeur ou la même dynamique familiale étouffante. Ce décalage est un signal précieux : le calme intérieur ne doit pas servir de fuite, mais de terrain stable pour décider quoi faire. Une phrase répétée peut ouvrir un espace, elle ne remplace ni une limite, ni un refus, ni une demande d’aide, ni une rupture nécessaire.

Les situations où la prudence doit être renforcée

Certaines personnes peuvent pratiquer le Ho’oponopono sans difficulté, comme un rituel court de recentrage. Pour d’autres, notamment en période de vulnérabilité psychique ou relationnelle, la méthode demande plus de précautions. Plus la blessure est profonde, moins il est souhaitable de travailler seul avec des formules autour du pardon, de la mémoire et de la responsabilité. Le cadre compte autant que l’intention.

Traumatisme, abus ou relation toxique

En cas de traumatisme, le Ho’oponopono peut réactiver des souvenirs, des sensations corporelles ou une reviviscence émotionnelle. Répéter « pardon » ou « je t’aime » en pensant à une personne qui a fait du mal peut être violent intérieurement si la sécurité n’est pas d’abord rétablie. Dans ces situations, la priorité n’est pas de pardonner vite, mais de se protéger.

Dans une relation toxique, la pratique peut aussi devenir un piège relationnel. Une personne peut croire qu’elle doit « nettoyer ses mémoires » plutôt que reconnaître une emprise, une manipulation ou une absence de respect. Or le pardon intérieur, s’il arrive un jour, ne dispense jamais de poser des limites. On peut choisir la paix sans rester disponible pour ce qui blesse.

Anxiété, dépression et rumination

Chez une personne très anxieuse, la répétition des 4 phrases peut parfois glisser vers une vérification mentale : « Ai-je assez répété ? Ai-je bien pardonné ? Pourquoi l’angoisse revient-elle ? » La pratique perd alors son rôle d’apaisement et devient une boucle supplémentaire. Elle entretient la tension au lieu de la relâcher.

En période dépressive, le risque est différent : la personne peut se reprocher de ne pas réussir à aller mieux malgré la méthode. Cette impression d’échec renforce la honte et l’isolement. Si les symptômes persistent, si l’élan vital diminue ou si les idées noires apparaissent, le Ho’oponopono ne doit pas être utilisé seul. Un accompagnement professionnel adapté devient prioritaire.

Pratiquer sans se piéger : un cadre simple et concret

Une pratique saine reste limitée, incarnée et reliée à la réalité. Elle ne cherche pas à supprimer une émotion à tout prix, mais à créer un espace pour la regarder autrement. Le cadre compte autant que les phrases. Il aide à garder le geste simple, sans en faire un système de défense.

Une méthode en trois temps

Avant de répéter les phrases, commencez par nommer honnêtement ce qui est là : colère, peur, jalousie, tristesse, culpabilité, impuissance. Ensuite seulement, pratiquez quelques minutes, avec une respiration lente. Enfin, demandez-vous quelle action concrète serait juste : écrire un message, différer une réponse, demander une clarification, prendre de la distance, consulter, dormir, marcher ou poser une limite.

Cette approche évite de transformer le Ho’oponopono en formule magique. Les mots peuvent soutenir une décision, mais ils ne doivent pas l’effacer. Si aucune action n’est nécessaire, l’action peut simplement être de laisser reposer, de respirer ou de ne pas alimenter la rumination. Dans ce cadre, la pratique reste courte, utile et réaliste.

Les signaux qui indiquent qu’il faut arrêter

Il est préférable d’interrompre la pratique si elle provoque une montée d’angoisse, une culpabilité accrue, une sensation de dissociation, des souvenirs envahissants ou une envie compulsive de recommencer. Même chose si vous l’utilisez pour excuser systématiquement quelqu’un, éviter un conflit légitime ou repousser une décision importante.

  • Vous vous sentez plus responsable des actes des autres qu’avant.
  • Vous confondez pardon et obligation de reprendre contact.
  • Vous pratiquez pour ne pas ressentir une émotion jugée « négative ».
  • Vous attendez que les phrases règlent une situation matérielle ou relationnelle.
  • Vous vous isolez au lieu de chercher du soutien.

Quand demander de l’aide plutôt que pratiquer seul

Le Ho’oponopono peut être un complément de bien-être, pas un substitut à une thérapie, à un avis médical ou à une protection concrète. Dès qu’une souffrance dépasse votre capacité à la réguler seul, l’enjeu n’est plus de pratiquer davantage, mais d’être accompagné correctement. C’est souvent à ce moment-là que le discernement compte le plus.

Consulter un professionnel est particulièrement recommandé en cas de traumatisme, d’emprise, de violences, de dépression, d’attaques de panique, d’idées suicidaires, de troubles du sommeil importants ou de reviviscences. Un thérapeute, un médecin ou un professionnel de santé mentale peut aider à stabiliser l’émotion avant d’aborder le pardon, la réparation ou le sens donné à l’expérience.

La pratique la plus sûre est celle qui vous rend plus lucide, pas plus soumis, plus capable d’agir, pas plus passif, plus doux avec vous-même, pas plus coupable. Utilisé ainsi, le Ho’oponopono peut rester un outil d’apaisement. Utilisé comme solution unique à une souffrance complexe, il devient une impasse.

Éléonore Garin-Lacombe
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